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Tremplin pour la vie : Un toit, un lien social, une formation et un emploi

  1. Introduction

« L’apprentissage de la langue (et les cours de citoyenneté) est la première chose qu’on impose aux réfugiés dans le cadre de leur parcours d’intégration).  Pourtant, certaines personnes se trouvent dans une situation de survie et décrochent.  Ils sont avant tout préoccupés et stressés de ne pas avoir de logement ou de travail » (L’Avenir Brabant Wallon, 4 janvier 2017, p. 6.)

Le projet « tremplin pour la vie » est né du constat que le parcours d’intégration tel que pensé en Belgique n’est peut-être pas la solution pour tous.  En effet, par exemple, comment se concentrer dans un cours de français quand la sécurité de base n’est pas satisfaite.

L’expérience riche de plusieurs dizaines d’années du Collectif des femmes dans l’accompagnement des migrants nous a appris à partir des motivations des personnes plutôt que de les faire entrer dans un « parcours ».  Par exemple, certaines personnes n’apprendront jamais le français en classe.  Ils pourront par contre l’apprendre en situation de travail ou dans un contact privilégié avec une personne ou encore dans une activité de loisirs. 

Nous sommes donc partis du vécu des demandeurs d’asile et des réfugiés pour repenser leur parcours d’intégration et répondre à leur besoin au moment opportun.  C’est ainsi que la première urgence s’est avérée être la recherche de logement et c’est naturellement que le premier volet développé a été « Tremplin pour la vie : Un logement »

En effet, « Quand ils obtiennent leur statut de réfugiés, les demandeurs d’asile ont deux mois pour trouver un logement. Mission difficile, voire impossible, dans ce délai et avec des moyens financiers et des connaissances linguistiques limités. Face à ce constat, Amancay Egas Torres et Paule-Rita Maltier, coordinatrices dynamiques de l’association Collectif des femmes de Louvain-la-Neuve, ont créé le projet Tremplin pour la vie. Il a pour but d’épauler ces personnes livrées à elles-mêmes pour trouver un toit »  (Focales N° 28 septembre 2016.)

De leur côté, les propriétaires sont frileux à louer aux réfugiés pour une série de préjugés liés à leurs origines (couleur de peau, religion, culture, alimentation, hygiène…) des préjugés liés à la pauvreté (revenu d’intégration, paiement du loyer, respect du bien locatif, sans travail…) Face à ces préjugés, les réfugiés ont du mal à trouver les arguments pour rassurer. 

De ce fait, les réfugiés se retrouvent trop souvent sans logement ou dans des logements peu salubres ou encore dans les communes où les logements sont les moins chers. 

La question du logement est essentielle mais elle ne suffit pas.  Les réfugiés une fois installé ne savent pas comment s’y prendre pour rencontrer les autochtones.  De leur côté, les autochtones ne savent pas non plus où et quand rencontrer des personnes réfugiées.  Pourtant, chacun est rempli de curiosité et de bonnes volontés.  De nombreux autochtones nous adressaient ainsi des propositions de bénévolats.  De leur côté les réfugiés et demandeurs d’asile étaient également en demande.  Nous avons « simplement » créé des ponts entre les cultures dans le volet « lien social. »

Ensuite, les réfugiés faisaient des demandes autour de la formation et de l’emploi.  Les profils scolaires ont plutôt tendance à vouloir faire les démarches de reconnaissance de diplôme ou de reprise d’étude (volet : Une formation).  Les réfugiés peu scolarisé n’accrochent pas toujours à nos modes d’apprentissage.  Ils ne peuvent tout simplement pas apprendre une langue dans un cadre scolaire.  C’est pourquoi, nous avons remis en question cette croyance : « pour travailler il faut parler français » et l’avons transformée en « c’est en travaillant qu’on apprend ou perfectionne le français » C’est ainsi que le volet « Tremplin pour la vie : Un emploi » est né.

Dans ce projet, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un contexte fertile. En effet, la province du Brabant Wallon est composée de communes dites « riches. » Elle compte également une cité universitaire reconnue internationalement.  Les habitants de cette cité ont une culture de l’accueil internationale et bénéficient d’une dynamique jeune et enthousiaste.  Ils sont ouverts sur les autres et sur les expériences de vie originales.  Ces particularités sont un atout pour le soutien à l’intégration des réfugiés dans l’ensemble de la Province.  D’autre part l’ensemble de territoire se composent de nombreuses associations avec lesquelles nous avons pu développer des partenariats.

L’ensemble des quatre volets compose un projet global d’intégration.  Une intégration dans laquelle chacun des acteurs fait sa part.  Allochtones et autochtones dépassent ensemble leurs peurs et préjugés pour construire simplement une rencontre entre deux individus.  Une nouvelle société émerge.

La naissance de ce nouveau « vivre-ensemble » nous semble capitale. 

Car si rien ne se modifie, la création de ghettos par le regroupement des réfugiés dans les communes pauvres va construire une nouvelle génération de pauvreté et de replis identitaires chez les autochtones et les allochtones.  Une nouvelle génération de laissé-pour-compte et de colère sourde se construira. 

Et car, si le « vivre-ensemble » n’est qu’un concept vide et ne se traduit pas par une réelle action de liens sociaux interculturels, d’autres personnes se chargeront de construire le réseau social des réfugiés.  Ces autres n’ont pas toujours des projets d’émancipation, de liberté et de vivre-ensemble.    

Objectifs citoyens :

 

Les quatre volets du projet:

Un tremplin pour la vie est à destination des réfugiés et demandeurs d’asile.  Ce projet se décomposé en quatre points : A. Logement ; B. Social ; C. formation ; D. emploi.

  1. Un toit, un tremplin pour la vie

Pour les réfugiés :

Les demandeurs d’asile ont été reconnus réfugiés et disposent de deux mois pour trouver un logement avant de devoir quitter le centre d’accueil.

La plupart d’entre eux éprouvent de grande difficulté dans cette recherche de logement. 

C’est pourquoi une collaboration avec les habitants est mise en place afin qu’ils accueillent des réfugiés dans la chambre libre de leur habitation, dans le studio destiné habituellement aux touristes ou étudiants de passage.  Cet accueil sera d’une durée de un an ou plus.

Ce projet offre de multiples avantages.  Permettre un loyer moins cher, offrir un contact direct entre belge et réfugié afin de faire tomber les préjugés réciproques, être au contact direct de la langue française dans le quotidien, créer du lien social pour les belges isolés dans une maison devenue trop grande pour eux.

Cela offre au réfugié un tremplin pour l'apprentissage de la langue et de la culture, la construction d’un réseau social et d’un support social qui peut permettre une ouverture vers l'emploi.

Ces avantages ne se retrouvent pas quand par la force des choses tous les réfugiés sont regroupés dans les zones pauvres de la Belgique.  Ce qui crée des ghettos, tout le contraire d'une réelle intégration. 

Au-delà de la rencontre entre un propriétaire et un locataire, il s'agit d'une rencontre entre un accueillant et un accueilli dans laquelle chaque partie s'engage dans une relation interculturelle de la vie quotidienne.  L'accueillant et l'accueilli prévoient par une convention un moment de rencontre durant la semaine : repas commun, activités sportives communes, jardinages...

D'autres moments sont dévolus au suivi de cours de français et à la recherche de logement permanent ainsi qu’à la recherche d’emploi.  Cet accueil est pensé avant, pendant et après avec le support du collectif des femmes qui sert de facilitateur, d'agent d'insertion.

 

Quant à la personne accueillante elle a l'opportunité de faire connaissance avec une autre culture, de dépasser sa peur du migrant et d'avoir une présence humaine dans la maison.  C’est notamment intéressant dans le cas des familles monoparentales et dans le cas des personnes âgées isolées.  Le réfugié peut de cette manière offrir des petits services ponctuels afin de ne pas être seulement bénéficiaire du projet.  Nous évitons ainsi la ghettoïsation des migrants mais également l’isolement des personnes âgées et des familles monoparentales.

A ce jour (janvier 2017) ce sont 23 propriétaires qui se sont lancés dans l’aventure de l’accueil.

Pour ces propriétaires, des rencontres régulières peuvent avoir lieu en fonction des demandes.  

Mise en lien de bénévoles et réfugiés afin de le soutenir dans les démarches administratives, dans l’acquisition de la langue par le partage d’activités communes.

  1. Aide aux déplacements,
  2. Compréhension des démarches,
  3. Accompagnement dans les démarches administratives,
  4. Accompagnement général : santé, scolarité…

 

  1. Le lien social, un tremplin pour la vie

Pour les demandeurs d’asile et pour les réfugiés :

Les demandeurs d'asile et réfugiés participent à un parrainage avec les étudiants et les habitants dans leur vie quotidienne afin d'enrichir les deux parties.  Cette relation va changer la vision du belge sur les réfugiés.  Le réfugié, de son côté, va apprendre les gestes culturels habituels.  Ces deux changements de regard vont faciliter l'accueil et l'intégration. 

Louvain-la-Neuve est un campus universitaire piéton et multiculturel favorisant la rencontre.  Les habitants et étudiants possèdent d'autres langues (anglais, arabe…).  Pour le demandeur d’asile, la procédure d’accueil est un moment très difficile d'attente et d'interviews avant de recevoir les documents de réfugiés.  Pendant ce temps les demandeurs d’asile sont peu en contact avec les belges sauf comme usagers des services.  Notre projet est une rencontre égalitaire où le réfugié a quelque chose à offrir en tant que représentant de sa culture d'origine.  Il apprend également la culture belge au travers des activités quotidiennes durant une semaine.  Les jeunes accueilleront des jeunes de leur âge.  Les habitants des personnes de leur âge.

Le collectif des femmes est médiateur et facilitateur de la rencontre grâce à son expertise. 

Ces rencontres permettent de faire émerger des projets communs, des passions communes entre demandeurs d'asile/réfugiés et habitants/étudiants et faire naître des liens d'amitiés.  Pour faciliter cette rencontre, le collectif des femmes proposent des réunions d’échange/formation à destination des étudiants/habitants accueillants, développe des partenariats avec les étudiants, l'association des habitants, l'université et l'université des aînés, met à disposition sont réseaux de bénévoles pour les traductions.

De plus, le collectif organise des événements qui favoriser la rencontre entre allochtones et autochtones. 

De cette façon, réfugiés et autochtones se côtoient au travers d’événements organisés.  Au fil des rencontres des amitiés se créent, les mentalités changent, les préjugés tombent.

Le collectif met en lien des volontaires et des réfugiés afin de soutenir les démarches sociales.

Suite à ces rencontres, les demandeurs d'asile et réfugiés participent à un parrainage avec les étudiants et les habitants dans leur vie quotidienne afin d'enrichir les deux parties. 

Exemples d’activités organisées :

  1. Speed dating culinaire le 21 mars 2016
  2. Souper interculturel 27 mai 2016 (30 personnes)
  3. Journée de volley 22 juin 2016 (10 personnes)
  4. Travail sur les préjugés le 27 juin, 1er août et 29 août
  5. Semaine de stage de cuisine du 1 au 5 août 2016 (15 personnes)
  6. Semaine de stage vélo du 8 au 12 août 2016 (15 personnes)
  7. Visite de Bruxelles, le 13 août 2016 (10 personnes)
  8. Ballade interculturelle le 25 septembre 2016 (15 personnes)
  9. Souper interculturel 1er octobre (40 personnes)
  10. Week-end à Maredsous 11 au 13 novembre (12 personnes)
  11. Balade découverte de LLN le 19 novembre 2016 (150 personnes)
  12. Rencontre de Noël chez l’habitant le 24 et 25 décembre 2016
  13. Repas interculturel chez l’habitant le réveillon du Nouvel an.
  14. Activités extérieures

 

  1. La formation, un tremplin pour la vie.

Pour les demandeurs d’asile et les réfugiés :

En s’appuyant sur la structure existante du Collectif des femmes, les réfugiés peuvent suivent assidûment les cours de français et de citoyenneté organisés en interne. 

L’expérience riche du Collectif des Femmes dans ces matières permet que ces cours ne soient pas seulement la transmission de savoir mais également de savoir-être dans la culture belge.  Les cours sont ainsi donnés de façon mixtes et en mélangeant les cultures et les réalités différentes de la migration.  Les réfugiés et demandeurs d’asile ne sont pas mis entre eux mais dans des groupes avec des migrants volontaires. 

En interne, sont également proposés des séances de logopédie afin de travailler la prononciation.  En effet, certains sons sont inexistants dans la langue d’origine sont excessivement compliqués à acquérir.

En plus de la structure existante, les demandeurs d’asile et réfugiés sont mis en contact avec un bénévole qui ajoute des temps d’apprentissage en individuel ou en petit groupe de 2 ou 3 à son domicile ou au domicile d’un des réfugiés.

 

Coup de fil, rencontre, traduction, explication, compréhension des documents… A ce jour, un demandeur d’asile a réussi à s’inscrire dans un master à l’UCL.

Rassemblement des documents, prise de rendez-vous…

  1. L’emploi, un tremplin pour la vie

Pour les réfugiés :

Il est courant de penser que l’on doit maîtriser une langue pour pouvoir travailler.  Nous allons à l’encontre de cette logique et préconisons qu’il faut travailler pour maîtriser une langue.  La plupart du temps, les diplômes des réfugiés mettent du temps à arriver en Belgique, mettent du temps à être reconnus.  Trop souvent, ces diplômes ne sont pas reconnus.  C’est pourquoi, le collectif des femmes veut faire profiter de ce temps de longues démarches pour permettre aux personnes réfugiées de se former par l’emploi.

Il existe en effet, des employeurs qui sont à la recherche de main d’œuvre qui ne nécessite pas nécessairement la maîtrise de la langue. 

Parfois ces métiers nécessitent également une expertise différente ou une passion différente des autochtones.

Parfois les employeurs recherchent de la main d’œuvre qui nécessite la maîtrise de l’anglais en priorité.

A ce jour (janvier 2017), 2 employeurs ont conclu un contrat en article 60 avec des réfugiés.

« Depuis quelques semaines, Jemal travaille bénévolement deux ou trois jours par semaine dans les cuisines du café citoyen « Altérez-vous ». Le café, qui organise des activités à vocation sociale, environnementale et citoyenne, avait déjà tissé des liens avec le Collectif des femmes en organisant des tables de conversation avec les femmes migrantes de l’association. «Paule-Rita est venue me demander si l’un des réfugiés du projet pouvait venir faire du volontariat. J’avais déjà consulté le CPAS pour savoir s’ils avaient des personnes intéressées », explique Sorina Ciucu, gérante du café citoyen, qui n’a donc pas hésité longuement pour engager Jemal, veillant à respecter ses horaires de cours de français. « Jemal peut apprendre la langue ici, mais aussi les règles du travail. Et surtout, il crée du lien social, c’est une belle expérience », poursuit-elle. «Si tu as un job, tout va mieux», renchérit Jemal, qui voudrait à l’avenir, une fois la langue française mieux maîtrisée, se former à l’électricité. En septembre, il sera engagé temps plein sous contrat article 60. Un pas de plus vers l’indépendance. (Focale n°28, septembre 2016)

« Matiwos va être engagé en janvier chez Pro-vélo. Il y fait actuellement un stage comme bénévole » (L’avenir BW, 21 novembre 2016, p.1)