Le
projet EPN au collectif des femmes.
Témoignage de terrain Par Mr ROISIN, .
Coordinateur du secteur informatique au ‘Collectif des femmes’
de Louvain-la-Neuve.
Coordonnant les projets informatiques et dispensant des formations, je souhaiterais apporter ma modeste contribution à la plaquette réalisée pour les EPN en vous livrant le témoignage de plusieurs années de travail avec des centaines de femmes dans le domaine des nouvelles technologies. Commençons par la question incontournable et récurrente : Les femmes sont-elles aussi douées que les hommes en informatique ? Voilà bien une question que j’entends tous les jours. Et c’est bien évidemment la première interrogation à laquelle je m’empresse de répondre (parfois avec beaucoup de force car les idées reçues sont solides). Oui les femmes sont autant douées que les hommes en informatique ! Mais alors, si elles sont aussi douées, n’ont-elles pas moins d’intérêt pour les nouvelles technologies que les hommes ? Le succès de notre centre de formation montre que non ! L’intérêt n’est parfois pas le même, mais il n’en est pas moins vivant ! Je constate dans ma pratique, que les femmes sont surtout demandeuses d’apprentissages pour les outils de communication et de gestion de l’information, là où les hommes sont plutôt attirés par le côté technique des machines ou la programmation (mais pas uniquement !). Cette fausse idée que les femmes seraient peu intéressées ou performantes en informatique (lors de mes études en informatique, les deux premiers de classe étaient des premières de classe !) m’a amené à me fixer un tout premier objectif pour nos formations : déconstruire les conditionnements et les peurs, redonner confiance… Il n’est en effet pas plus difficile d’étudier les logiciels de bureautique que d’apprendre à faire une tarte aux pommes ou à changer une ampoule. Tout est question de prendre du temps pour apprendre ... Qu’on soit homme ou femme … Les semaines passant, prenant confiance en elles, les femmes qui suivent nos cours ou viennent quelques heures par semaine en accès libre dans notre EPN se rendent compte que les personnes les ayant maintenues éloignées de l’ordinateur (Touche pas au pc, tu vas tout casser !) n’en savent souvent pas beaucoup plus qu’elles. Elles comprennent que ces personnes ont, elles aussi, besoin d’être rassurées sur cet outil et qu’elles n’en maîtrisent finalement pas grand-chose. Certaines femmes deviennent parfois enseignantes chez elle et passe alors du statut « d’apprenti en informatique » à celui de « personne ressource dans la famille ». Les anecdotes qu’elles me rapportent en classe à ce propos nous font souvent beaucoup rire. Apprendre à apprendre et apprendre à grandir … Dans nos formations, une fois les nouvelles technologies démystifiées, les femmes travaillent les principaux logiciels de bureautique. A savoir : traiter du texte, utiliser une feuille de calcul, exploiter de manière pertinente les outils indispensables de l’Internet... La personne type qui arrive au cours ressemble à cette ancienne élève qui nous a laissé un témoignage amusant et tellement vrai : après avoir élevé mes enfants, j’ai eu envie de reprendre des formations pour travailler dans une administration. Mais quand j’étais étudiante, la machine à écrire était plus répandue que l’ordinateur. Je me suis décidée à m’inscrire chez vous, quand un jour, alors que j’étais devant le PC familial en quête de dialogue, ma fille m’a demandé de fermer une fenêtre. Croyant qu’il s’agissait d’éviter les courants d’air, j’ai traversé la pièce pour aller vers la fenêtre. Elle a rigolé et j’ai décidé d’agir ! L’objectif de notre centre est d’offrir un espace numérique ouvert au public et de proposer un programme de cours solide en informatique. Nous voulons non seulement initier, mais aussi accompagner les personnes qui passent chez nous. Les femmes qui arrivent dans notre centre de formation sont terriblement éloignées socialement, culturellement et bien sur, financièrement, de l’Internet et des nouvelles technologies ! Nous veillons à les rendre autonomes (au sens étymologique du mot). L’enjeu est non seulement qu’elles puissent atteindre une liberté suffisante par rapport aux outils (auto-nomos : se donner sa propre loi), mais aussi continuer à grandir par elles-mêmes après nos formations. Il s’agit donc bien d’apprendre, mais surtout d’apprendre à apprendre par soi-même (je leur dis souvent : ce soir je ne serai pas à côté de toi quand tu réessayeras sur ton PC, alors il faut que tu saches le faire avant de quitter la classe).
En tant que formateur, c’est d’ailleurs un de mes soucis permanents : expliquer avec des pommes et des poires. Voilà bien le cœur de notre philosophie, ici au collectif des femmes de Louvain-la-Neuve : non pas des théories abstraites, mais bien un ancrage quotidien dans la vie des femmes et dans leurs besoins, pour les aider dans leur quête d’épanouissement professionnel et personnel. Une multitude de couleurs de peau Le projet EPN se conjugue à toutes les couleurs au Collectif des femmes. Et c’est sans doute une particularité de notre association. J’aurais pu appeler ce témoignage : multi-culturalité, femmes et nouvelles technologies. Car de cultures et de couleurs il en est question : Cette année, nous avons fait le tour du monde ! La Mauritanie, le Pérou, la Corée, la République Dominicaine, l’Ouganda, l’Algérie … Ce n’est pas un lieu commun de dire que c’est une vraie richesse pour nos cours d’avoir des personnes d’horizons si différents. Richesse humaine bien évidemment (j’en veux pour preuve les nombreux échanges sur nos passions respectives et les dégustations culinaires lors de nos pauses ! Mais aussi les amitiés sincères qui se nouent au cours !). Mais richesse aussi, dans notre parcours d’apprentissage. En effet, les approches du monde sont multiples et, partager avec son voisin une autre façon de mettre en page un document sur son ordinateur est aussi source d’enrichissement et d’ouverture à la différence. Après tout, connaître, n’est-ce pas naître avec ? (co-naissance), naître à autre chose ? grandir avec l’aide de l’autre ? J’ose espérer que nos cours, en plus des connaissances techniques, s’inscrivent aussi dans un apprentissage de l’altérité et de la citoyenneté ! Je peux dire en tous cas, qu’à titre personnel, j’ai à cœur que, dans nos formations, l’informatique soit toujours au service de projets humains, toujours au service de l’Homme, et en particulier, en ce qui nous concerne ici, de la femme. L’informatique m’intéresse en effet tout spécialement quand elle permet à l’Homme de se réaliser. Mr
ROISIN |